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Nous étions en cette soirée du mois d’août 11 hommes à échanger sur l’expérience spirituelle vécue par chacun au cours des Exercices spirituels de Saint Ignace. 11 hommes adultes, engagés dans la vie professionnelle, mariés et pères de famille. L’ambiance amicale et virile qui régnait entre nous permit des confidences d’une grande beauté.
Les même mots revenaient sur les lèvres de chacun : expérience spirituelle forte, découverte en vérité du Christ, désir de le connaître et le suivre davantage, âpreté du combat spirituel, grande paix intérieure suite à un discernement. Un parmi nous, nous expliqua combien sa première retraite lui fut décisive pour prendre conscience du désordre moral dans lequel il vivait et se décider à y remédier. Un autre d’expliquer combien il avait été saisi par sa responsabilité de baptisé. Un point commun ressortait : l’évidence du sérieux de la vie chrétienne et l’engagement qui en découle.
Que faisions-nous dès lors pour être apôtre des Exercices ? Ces Exercices spirituels ayant eu pour nous une telle influence, que faisions-nous pour les proposer autour de nous ? A vrai dire peu de choses. Chacun de reconnaître trois évidences : les occasions sont rares pour en parler ; on ne peut forcer personne et l’exemple de notre vie chrétienne est en lui-même témoignage. Autrement dit, nous étions tous convaincus de la force et de l’efficacité des Exercices spirituels, prêts à les faire et refaire, à en parler et témoigner autour de nous si besoin, mais en rien -ou si peu - véritablement apôtres. Nous étions prêts à en être les promoteurs, les défenseurs, mais à vrai dire pas les apôtres.
Non point que nous n’en soyons ni capables ni appelés, mais peut-être tout simplement parce que nous n’en avons pas réellement saisi toute la signification ni tout l’enjeu. Etre en Eglise l’instrument du Seigneur pour conduire un homme à connaître, aimer et suivre davantage Jésus-Christ, tel est l’apôtre. Conduire un homme à faire les Exercices spirituels, c’est être André conduisant son frère auprès de Jésus dans l’action d’apostolat la plus courte de l’Evangile (Jn 1, 41) : « Il l’amena à Jésus ». Ce ne fut pas André qui convertit Simon Pierre, mais c’est lui qui l’amena à Jésus-Christ
Etre apôtre des Exercices, c’est amener avec certitude des hommes à Jésus-Christ. C’est entrer avec le Christ dans une aventure spirituelle des plus passionnantes : la mission. Et cette aventure que les religieux CPCR ont embrassée de tout leur être est également pleinement offerte aux laïcs retraitants et peut devenir pour chacun d’eux chemin de sainteté. Etre apôtre des Exercices, c’est alors entrer dans une communion d’amour, être un seul cœur avec le Christ, que symbolise et rappelle l’insigne du retraitant.
Nous pressentions qu’être apôtre, c’est alors faire l’apprentissage de la pauvreté, de notre pauvreté. L’âpreté de l’apostolat met en effet vite à mal notre premier enthousiasme et nous apprend vite que nous ne pouvons pas grand-chose. Beaucoup alors renoncent, baissent les bras, sans se rendre compte que ces épreuves et échecs sont là pour nous dépouiller, que c’est à ce moment que le Seigneur peut agir et nous faire grandir dans son intimité.
Nous nous rendions compte qu’être apôtre, c’est faire preuve d’imagination et d’audace pour aller vers nos con-temporains pour leur proposer les Exercices tout en se mettant à l’écoute de l’Esprit-Saint qui nous conduira vers celui qui en aura le plus besoin. Autrement dit, c’est une démarche du « aller vers » qui nous meut à l’exemple de saint Paul.
Etre apôtre, c’est bien sûr être en mesure d’expliquer ce que sont les Exercices, d’en parler tout en témoignant par la parole et notre vie de ce que cela a changé pour nous. C’est toujours rejoindre notre prochain là où il est, l’aimer pour ce qu’il est tout en sachant l’encourager à faire le pas pour aller faire une retraite.
Etre apôtre, c’est enfin prier pour la conversion des hommes et savoir offrir sacrifice et contrariété, car il s’agit d’un combat spirituel pour lequel seuls les moyens surnaturels sont décisifs.
Ce soir-là il pleuvait. La marche que nous avions initialement prévue était annulée et nous nous sommes retrouvés dans la chapelle pour prier les complies, unissant nos voix pour élever nos âmes. Nous ne formions qu’un seul cœur, parce qu’un jour chacun d’entre nous avait été conduit par un apôtre des Exercices à une plus grande intimité avec Jésus-Christ.
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