Une vie droite et une mort exemplaire
Francisco Castelló Aleu est le premier retraitant de l’Oeuvre
des Exercices Paroissiaux dont la sainteté ait été proclamé officiellement.
Né à Alicante (Espagne) le 19 avril 1914, orphelin
de père et de mère à l’âge de 15
ans, il se met alors sous la protection de la Vierge Marie. Après
ses études secondaires, il obtint la licence en chimie à l’Université de
Barcelone. Dans cette ville, il fait les Exercices de St Ignace sous
la conduite d’un Père Jésuite, le Père
Galan, dans le cadre de l’Oeuvre des Exercices Paroissiaux
pour hommes, fondée par le Père Vallet en 1922. En
1935, il va exercer sa profession de chimiste à Lérida.
Là, il se consacre généreusement à propager
cette Œuvre et organise des retraites au Séminaire pendant
les vacances scolaires.
En 1936,la révolution éclate alors qu’il fait
son service militaire. Un jour qu’il a mission de garder
la station émettrice de radio, il s’oppose à un
officier qui veut s’en emparer. Arrêté le lendemain
suite à un renversement de situation, Francisco est transféré le
12 septembre 1936 à la prison civile. Il n’a pas été possible
de reconstituer les faits de la journée mouvementée
du 18 juillet. D’autre part, on a trouvé dans son
bureau, à l’entreprise où il travaille, une
grammaire allemande et une autre italienne. Francisco est alors
appelé à comparaître devant un tribunal populaire
sous l’inculpation de «fascisme».
Voici le dialogue qui s’engage entre lui et le président
du tribunal au cours de l’audience.
Le Président du tribunal l’interroge :
- Es-tu fasciste, toi ?
- Je ne le suis pas et je n’ai appartenu à aucun parti
politique.
- Tes livres sont fascistes : un allemand, un autre italien.
- Mes grammaires italienne et allemande me servent à me
perfectionner dans ces deux langues qui me sont nécessaires
pour mon métier. Tout est là.
Le ton de rectitude du jeune homme ne permettait pas de l’attaquer
par là. Que faire ? Finalement, le Procureur trouve un chemin
:
- Finissons-en une bonne fois pour toutes. Es-tu catholique ?
- Oui, je suis catholique.
Le Procureur demande alors la peine de mort. Francisco a suffisamment
de sérénité pour sourire encore. Conformément
au protocole le Président du Tribunal l’invite à se
défendre. Il répond :
- Ce n’est pas nécessaire, ni utile. Si c’est
un délit de se reconnaître catholique, j’accepte
bien volontiers d’être un délinquant. En ce
monde, le plus grand bonheur pour un homme c’est de mourir
pour le Christ. Je donnerais sans hésiter mille vies pour
cette cause.
Malgré l’injuste sentence, il retourne à sa
cellule en chantant l’hymne des retraitants : «Debout,
mes frères, mettons-nous en chemin. Jésus notre Roi
marche devant nous…». Il aurait eu la possibilité de
commuer sa peine de mort, mais à condition de souscrire
un document d’apostasie . Ce qu’il refusa. Il écrivit
alors trois lettres d’adieu : à ses sœurs, à sa
fiancée et à son Père spirituel. Face au peloton
d’exécution, au moment où les armes se lèvent,
il s’exclame à voix forte : «Un instant, s’il
vous plaît ! Je vous pardonne tous. Et rendez-vous au Ciel».
Le 11 mars 2001, Jean-Paul II l’a déclaré bienheureux.
Lettre à ses soeurs et à sa tante
Mes très chères,
On vient de me lire ma condamnation à mort et jamais je
n’ai été aussi tranquille que maintenant. Je
suis sûr que cette nuit je serai au ciel avec mes parents;
c’est là que je vous attendrai.
La Providence divine a voulu me choisir comme victime des erreurs
et péchés
commis par nous. Je vais à la mort avec plaisir et sérénité.
Jamais comme maintenant je n’aurai autant de possibilités d’assurer
mon salut.
Ma mission en cette vie s’est achevée. J’offre à Dieu
les souffrances de cette heure.
Je ne veux d’aucune façon que vous pleuriez sur moi : c’est
la seule chose que je vous demande. Je suis très, très content
C’est avec peine que je vous laisse, vous que j’ai tant aimées,
mais j’offre à Dieu cette affection et tous les liens qui me retiendraient
en ce monde.
Thérèse : Sois courageuse. Ne pleure pas sur moi. C’est
moi qui ai une immense chance, dont je ne sais comment remercier Dieu. J’ai
chanté au sens propre le «Amunt, que és sols cami d’un
dia - Debout, le chemin est court» (hymne des retraitants). Pardonne-moi
les peines et les souffrances que je t’ai causées involontairement.
Je t’ai toujours beaucoup aimée. Je ne veux pas que tu pleures
sur moi, tu entends ?
Marie : Ma pauvre petite sœur. Toi aussi tu seras courageuse et tu ne
te laisseras pas accabler par ce malheur de la vie. Si Dieu te donne des enfants,
tu leur donneras un baiser de ma part, de la part de leur oncle, qui les aimera
depuis le ciel. Quand à mon beau-frère, je l’embrasse bien
fort. J’attends de lui qu’il soit ton aide en ce monde et qu’il
sache me remplacer.
Ma tante : En ce moment je ressens une profonde gratitude pour tout ce que
vous avez fait pour nous. Nous nous retrouverons au ciel, d’ici quelques
années. Sachez les passer en toute générosité.
Du ciel celui qui vous aime tant priera pour vous.
Saluez Bastida, Mme Francisqueta, les «didos», Puig, Lopez, les
chers compagnons de la Fédération (de jeunes Chrétiens
de Catalogne), que je ne veux pas nommer. Vous direz à tous mes amis
que je meurs content et que je me souviendrai d’eux dans l’autre
vie.
Au Père Galan, S.J., avec qui il avait fait les Exercices
spirituels
Cher Père,
Je vous adresse cette lettre après avoir été condamné à mort
et quelques heures avant d’être fusillé.
Je suis tranquille et content, très content. J’espère être
dans la Gloire dans un moment...
Je rends grâce à Dieu de me donner un genre de mort qui m’offre
de grandes probabilités de me sauver.
J’ai un carnet sur lequel je notais les idées qui me venaient
(mes inventions). Je vous le ferai parvenir. C’est mon modeste testament
intellectuel. Faites attention à ce qui concerne le compresseur à ammoniaque.
Le Hg peut être remplacé par n’importe quel autre liquide,
en circuit fermé, les valves par des valves métalliques et la
pression produite par une simple pompe centrifuge à pression (puis vient
un dessin qui illustre cela)...
Je vous suis très reconnaissant. Je prierai pour vous. Mon souvenir à mes
amis de Pravia.
Francisco
Lettre à sa fiancée, Maria Pelegri
Chère Marie,
Nos vies s’étaient unies et Dieu a voulu les séparer.
Je Lui offre, avec toute la sincérité possible, l’amour
que j’ai pour toi, amour intense, pur et sincère.
Ton malheur me fait mal, mais pas le mien. Sois fière : deux frères
et ton fiancé. Pauvre Marie ! Il m’arrive quelque chose d’étrange
: je ne parviens pas à ressentir de la peine de ma mort. Une joie intérieure,
intense, forte, m’envahit entièrement. Je voudrais t’envoyer
une lettre d’adieu triste, mais je ne le puis. Je suis tout enveloppé de
pensées joyeuses comme d’un pressentiment de la Gloire.
Je voudrais te parler de combien je t’aurais aimé, des tendresses
que je te réservais, du bonheur qui aurait été le nôtre.
Mais pour moi tout est secondaire. Je vais faire un grand pas.
Je veux te dire cela : si tu peux, marie-toi. Depuis le Ciel je bénirai
ton union et tes enfants. Je ne veux pas que tu pleures, je ne le veux pas.
Sois fière de moi. Je t’aime.
Francisco.
P.S. : Je n’ai pas le temps d’écrire davantage.
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