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Ceux de nos lecteurs qui ont passé
la soixantaine se souviendront des sermons d’autrefois. La plupart
du temps, c’étaient des sermons qui « sermonnaient » les fidèles
en leur rappelant les exigences morales de la foi chrétienne. On
concèdera volontiers que ces prêches d’antan étaient bien moralisateurs.
Non dépourvus de qualités, ils rappelaient à leur façon le lien
étroit qu’il y a entre foi et vie, entre ce qu’est le chrétien en
vertu de son baptême et ce que doit donc être sa vie.
A l’heure actuelle, on perçoit
en général beaucoup moins le souci d’enseigner la morale chrétienne
dans la catéchèse, dans la prédication, dans l’annonce de la foi.
Ou bien, si une certaine attention aux conséquences morales de l’identité
chrétienne se fait sentir, elle semble assez unilatérale : on va
insister surtout, pour ne pas dire exclusivement, sur le partage…
en oubliant d’autres aspects comme la véracité, la pureté de corps
et d’esprit, le respect de la vie ; ou, à l’opposé, on mettra toujours
en avant le respect de la vie… en semblant ignorer de graves injustices
sociales dans le monde du travail ou ailleurs.
Par contre, il est vrai que l’on
rappelle abondamment le primat de la charité, vertu théologale fondamentale,
« voie supérieure », « lien de la perfection », « forme des vertus »,
« loi nouvelle », « source et terme de la pratique chrétienne des
vertus ». Il faut s’en réjouir, car on n’édifiera rien de solide,
de durable et surtout de chrétien sans se fonder sur la charité.
Mais, au moment de montrer les implications concrètes de celle-ci
dans la vie quotidienne, beaucoup semblent devenir hésitants, craintifs,
silencieux. N’y aurait-il pas là quelque déficit pédagogique dans
l’annonce de la foi ? Ce déficit ne proviendrait-il pas d’une foi
par trop sentimentale ? D’une foi peu éclairée quant à l’anthropologie
chrétienne ? D’une telle volonté de « respecter le pécheur » que
l’on n’ose plus appeler mal ce qui est mal ? D’une foi qui craint
inconsciemment de contrevenir au « politiquement correct » ? D’une
foi qui n’ose pas se mettre, quand il le faut, en opposition ouverte
avec l’esprit du monde ?
Peut-être suppose-t-on aussi
que le contenu moral de la foi chrétienne est une imposition dictée
de l’extérieur à la conscience. Or, il n’en est rien, ce contenu
étant une norme qui a son fondement dans la nature humaine elle-même
et qui peut être partagée par tous les hommes de bonne volonté.
Récemment, le Saint-Père disait : « Lorsque les exigences fondamentales
de la dignité de la personne humaine, de sa vie, de l’institution
familiale, de la justice, de l’organisation sociale, c’est-à-dire
les droits fondamentaux de l’homme, sont en jeu, aucune loi faite
par les hommes ne peut renverser la règle écrite par le Créateur
dans le cœur de l’homme, sans que la société elle-même ne soit dramatiquement
frappée dans ce qui constitue sa base incontournable. »
La vie chrétienne s’enracine
donc dans l’œuvre du Créateur écrite en l’homme et dans la personne
du Christ, son enseignement, ses exemples. Aider l’homme à être
vertueux, à être saint, c’est donner des bases solides à la société,
c’est aimer l’homme.
P. Philippe Barbier
cpcr, conseiller spirituel de l'A.R.P.
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