Mais
adhériez-vous pleinement à ce qui se vivait
dans ces célébrations ?
François : Dans le domaine des idées, je trouvais intelligent
de me déclarer sceptique, et de mettre en doute tout ce que
je lisais ou entendais. En fait ma foi était totalement disjointe
de mon intelligence. Une espèce de dichotomie très
dans l'air du temps, mais qui devenait mortelle car je m'éloignais
tous les jours un peu plus de la Vérité sous la pression
de l'activisme et à la recherche du succès professionnel.
Une période d'illusions.
Pourtant il est clair que Dieu ne m'a jamais abandonné. Un
foyer uni et des enfants. C'est d'ailleurs par l'intermédiaire
de ma femme et de mes enfants que je suis arrivé ici. Avec
un petit coup de pouce, ou de pied, de la Providence, sous la forme
d'un passage professionnel difficile. C'étaient bien des illusions
! Mais il m'a fallu 20 ans pour m'en apercevoir !
Tout cela m'a conduit à ma première retraite.
Et, que s'y est-il donc passé ?
François : Là j'ai eu un vrai choc. Le mal du péché.
Ma première confession depuis longtemps. Tout le reste en
a découlé. Comme le dit Saint Augustin : "La crainte
de la punition de Dieu est un passage nécessaire pour accéder à l'entrée
de la charité." Beaucoup de moments forts. Désolation
puis consolation avec les contemplations des Exercices. Le silence.
Le rythme des prières et surtout la découverte de la
récitation du chapelet, le soir à la chapelle avec
la communauté. La messe chaque jour. Cinq jours qui passent à toute
allure, tellement notre esprit est absorbé. La vie spirituelle,
cela occupe ! Et puis il y a le parc pour contempler la nature et
faire un peu d'exercice. Sans oublier l'intendance ; c'est en partie à la
cuisine que je pensais en parlant de la charité à l'œuvre
dans la maison d'Exercices !
Une seule retraite spirituelle vous a mis
en route. Mais vous continuez à en faire n'est-ce pas ?
François: Deux ans après, je suis revenu pour une nouvelle
retraite, de 8 jours cette fois. Pourquoi ? Les bonnes résolutions
prises en fin de retraite s'effilochent un peu. Et puis j'ai réalisé que
je n'avais fait que le début du chemin, qu'il me fallait travailler,
que je n'avais pas encore assimilé suffisamment la méthode
des Exercices pour avancer. En fait, les Exercices sont une méthode
de formation à la compréhension et à la méditation
de la vie du Christ, et plus largement encore une école de
la vie. Ainsi le discernement par la prière est un outil de
décision. Et le secret de cette méthode, c'est qu'elle
est adaptée à tous et à toutes les étapes
de la vie spirituelle.
Peut-on vous demander ce qui a changé dans votre
vie ?
François : Qu'est-ce qui a changé ? Pas de révolution,
en ce qui me concerne en tout cas. Le métier, la famille,
les actes de la vie de tous les jours n'ont pas changé entre
avant la retraite et après. Ce qui a changé, c'est
l'esprit dans lequel je fais tout. J'ai compris que le seul modèle à suivre
est Jésus-Christ et que toute notre vie, tous nos actes familiaux,
sociaux, professionnels, civiques, spirituels, religieux, etc.… sont
effectués sous son regard. Bien sûr, c'est plus facile à dire
qu'à faire et les erreurs sont nombreuses, mais les erreurs
aussi sont dans cette perspective.
Je me suis mis à prier régulièrement, à recevoir
plus souvent les sacrements, en particulier le pardon, à être
vigilant car il y a tant d'occasions de chute, à approfondir
ma formation.
La vraie prière est féconde. Vous devez bien
l'expérimenter…
François : J'ai eu envie de partager ma foi en famille et
au dehors. En particulier, je me suis mis à animer un groupe
de réflexion de jeunes lycéens, prenant la suite d'un
ami, avec la volonté de les former aux débats d'idées
modernes. Face aux débats d'idées, nos enfants et nous-mêmes
manquons terriblement de formation, de repères pour guider
notre réflexion et cela nous conduit à être absents
de ces débats, à ne pas oser défendre nos convictions
et notre foi, en face d'adversaires ou devant des indifférents,
en famille ou au travail. Or, il est clair que nous sommes appelés
par Notre Seigneur Jésus-Christ à témoigner
de notre foi en paroles et en actes. Et il y a tant d'occasions d'être
témoins!
Comme pères, car nous sommes appelés à être
protecteurs et éducateurs de nos enfants.
Comme époux, guides de notre famille, repères pour
d'autres familles.
Comme travailleurs, pour nos collègues en recherche mais aussi
par la qualité de notre travail. Chacun peut dresser sa propre
liste.
Les retraites nous préparent à vivre en témoins
de la Bonne nouvelle, les Exercices sont une école pour la
vie. Bien sûr nous avons besoin de renouveler les retraites,
des recyclages en quelque sorte, car de même que le sel, nos
bonnes intentions s'affadissent avec le temps et les épreuves.
Parfois nous avons besoin d'aide entre deux recyclages.
François, nous vous remercions de cet entretien.
François : Je voudrais terminer en remerciant les Pères,
Frères et Sœurs, pour leur enseignement et leurs prières,
pour l'esprit qui souffle dans leur maison, pour la charité qu'ils
mettent en œuvre et dont le signe pour moi le plus frappant
est la joie que l'on ressent dans leurs retraites. |
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