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Nous vous proposons un point de l'actualité vu à la lumière de notre foi.

Questions sur l'homme

A l'intérieur des "Journées familiales" organisées chaque année en Périgord par l'UNITE, nous visitons la grotte des Eyzies, un des principaux berceaux, comme on le sait, de l'homme appelé "pré-historique" en Occident. Le groupement moustérien auquel il appartient était peuplé 50.000 an avant notre ère.

Père VolleLe guide nous en montre l'habitat, l'outillage, les traces de culture et peut-être de culte. Nous nous attardons devant un squelette reconstitué d'un adulte de quelques 40 ans d'âge aux vertèbres lombaires soudées. Ce qui en faisait un handicapé. Objet de soins et donc de compassion… Nous voyons également un enfant au tombeau avec un crâne orné de coquillages comme autant de petits bijoux.

A la sortie on me pose les questions qu'on n'avait osé formuler devant le guide, un guide compétent en sa matière tout en étant probablement matérialiste : ces "ancêtres" que nous avons vus ou évoqués étaient-ils des hommes "comme-nous" ? En clair, pour nous qui en portons le souci général, avaient-ils une âme ? Y avait-il pour eux - et y a-t-il éventuellement pour eux- une vie éternelle ? Etaient-ils appelés à un salut "comme le nôtre", avec perspective de paradis ou d'enfer ? Les retrouverons-nous dans la vision de Dieu ?

Je réponds à la mesure de mes connaissances, c'est-à-dire de mes convictions philosophiques et religieuses.

1. Tout nous invite à penser que ces hommes dits pré-historiques méritaient vraiment le nom d'hommes, tel que nous nous l'attribuons personnellement. Dotés de capacités intellectuelles comme le dénotent notamment leur art inventif (fabrication d'outils aptes à en fabriquer d'autres) et leur souci de sépulture. Celle-ci implique respect du défunt ; et davantage encore perspective de survie lorsqu'elle s'accompagne d'une "idée" de transfert (aliments en vue d'un voyage, dessins de bec ou de plume d'oiseau évoquant l'envol, l'orientation du visage vers le soleil levant, position fœtale dans une cruche, etc). Ces données fournies ailleurs qu'aux Eyzies mais pour des "ancêtres" similaires.

2. Où il y a intelligence il y a volonté, cette faculté qui fait désirer comme bon ce que l'intelligence a appréhendé et révélé tel. Saint Thomas d'Aquin, après Aristote, l'appelle "l'appétité de l'intelligence".

3. A la différence de l'instinct, la volonté implique la liberté car elle est le pouvoir d'un choix, celui de faire ou de ne pas faire. La liberté permet, avec le choix, l'amour qui est élection, dilection, prédilection.

4. A partir de l'intelligence nous avons, chez nos hommes dits pré-historiques, la possibilité foncière de remonter des créatures au Créateur, de le trouver aimable et de l'aimer de quelque façon, comme on pu le faire d'honnêtes philosophes païens. Possibilité foncière qui n'a peut-être jamais passé à l'acte chez les "ancêtres" frustres dont nous parlons, mais qui ne peut manquer de s'éveiller au moins dans l'entrée en éternité. Car l'âme intellectuelle humaine, tout en étant présentement liée à un corps, ne périt pas, de soi, dans la dissolution de celui-ci après la mort.

5. Y-a-t-il eu pour ces "ancêtres" un appel divin à la communion trinitaire ? Si nous acceptons l'équation "homme = personne" nous ne pouvons le mettre en doute. Sans quoi, il faudrait tout pareillement en douter pour une bonne partie des humains nos contemporains qui vivent apparemment à l'intérieur ou tout proche de la seule animalité. Mais que seraient des hommes qui ne seraient pas des personnes ?

6. Si l'on voulait établir une distinction entre des hommes authentiquement individus humains, des membres de la famille humaine, certains appelés au salut et d'autres non, nous nous heurterions d'une part à la Révélation ("Dieu veut le salut de tous les hommes") et d'autre part à l'énorme difficulté de savoir ce que sont devenus ces "ancêtres" et ce que deviennent ceux qui leur ressemblent encore aujourd'hui. Supposons qu'il n'y ait pas eu d'appel à la communion divine, supposons encore qu'il n'y ait pas eu d'éternité pour eux (annihilation de l'âme par le Créateur), alors que sont devenus leurs descendants ? Car la question se pose bel et bien ; ces hommes qui ne seraient pas des personnes, que nous n'appellerions qu'analogiquement des "ancêtres", auraient eu des descendants. Qu'ils soient "Cro-Magnon" ou "Néanderthal". Nous ne pouvons à la fois les présenter comme nos lointains parents et établir avec eux la coupure fondamentale évoquée plus haut : communion d'éternité ensemble, oui ou non ?

7. On pourrait certes supposer que Dieu ait choisi un couple "Adam et Eve" dans cette lignée "d'hommes pré-historiques", n'établissant qu'avec lui la communion amoureuse, féconde d'éternité de bonheur, mais le problème demeure : les autres, les laissés pour compte, que sont-ils devenus ? Leurs descendants seraient-ils parmi nous ?

8. Pour moi, tous les hommes "sapiens sapiens" (avec pouvoir réflexif, qui savent et qui savent qu'ils savent) viennent du couple unique, datant celui-ci en amont de quelques 120.000 ans (datation approximative des plus lointaines traces d'ancêtres" jusqu'ici découvertes), se dégageant de l'animalité des pré-hominiens (homo erectus, homo habilis, homo faber, homo sapiens), par une action positive de Dieu (que ce soit en direct ou par voie évolutive), avec une régression après le péché des origines et une lente remontée vers les civilisations connues des historiens.

9. Ces pré-hominiens ont tous disparu, quelle que soit la cause d'une telle disparition. Fait inconstestable. Comme si l'infusion de l'âme intelligente, doublée de l'appel divin communionnel, était la source de leur maintenance en vie. ; le "chaînon manquant" entre les primates et nous n'ayant jamais été découvert.

10. Je laisse en suspens ici la question de savoir si l'appel communionnel trinitaire suppose déjà la "personne" (c'est affectivement ma thèse) ou bien l'engendre.

11. Tout repose pour moi sur la liaison "intelligence et âme spirituelle = immortelle". L'intelligence étant la capacité de dépasser le concret, de répondre à la question : "Qu'est-ce que c'est ?" "par une donnée générale : "c'est du bois, c'est du papier, c'est une maison" et non pas : "c'est ça : tel objet, de telle forme, telle couleur, tel goût, etc.". Tout le reste s'ensuit de ce dépassement du concret, de ce passage à l'universel, (physique, mathématiques, philosophie, c'est à dire ce qui correspond aux trois degrés d'abstraction).

12. Si nous reconnaissons plénière dignité à un de nos enfants, éventuellement et malheureusement, en état végétatif depuis sa naissance, voire à un fœtus humain, quel que soit son étape de développement et donc d'impuissance, comment la refuser à des êtres chez qui émergent ces mêmes qualités qui nous caractérisent ? Je suis sûr que notre guide des Eyzies l'aurait admis…

Francis Volle cpcr

 

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