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LES ATTAQUES CONTRE LE PASTEUR DE TOUTE L'EGLISE.

A propos de la sortie en librairie, aux Etats-Unis, du livre "Le Pape de Hitler" de John Cornwell.
Notre quête de communion ecclésiale, en particulier avec le successeur de Pierre, et notre recherche de la vérité nous font regretter que l'on en soit encore là sur cette question.

La moindre des choses que l'on puisse attendre d'un ouvrage traitant d'un tel sujet (les relations de Pie XII avec Hitler et les juifs), à la fois dramatique et édifiant, c'est la rigueur historique. Or, il semble en manquer cruellement.

Les déclarations de l'auteur, désireux d'annoncer son livre, ont obligé le relateur de la cause de béatification de Pie XII, Peter Gumpel, de publier une mise-au-point de 11 pages. Peter Gumpel est jésuite; il fut professeur de plusieurs d'entre nous à Rome et anima une session ici à Nazareth. Nous connaissons et apprécions sa clarté et sa rigueur de chercheur qui ne lui font pas craindre de faire tomber des "mythes". Nous puisons dans sa déclaration écrite pour répondre à certaines affirmation de John Cornwell.

1. Cornwell affirme qu'il a travaillé des mois dans les archives de la Secrétairerie d'Etat du Vatican et qu'il a été le premier et le seul à consulter ces archives.
C'est faux. Ce qui est vrai : Cornwell fut autorisé à consulter l'archive de la section sur les Relations avec les Etats. Il y travailla environ trois semaines. Et il n'a pas eu accès à la période après 1922. Il n'est pas le premier à avoir consulté les archives de ces années-là, d'ailleurs bien antérieures au pontificat de Pie XII. Mais il est vrai que son permis d'accès portait le numéro un, car un changement de format avait été décidé et Cornwell avait reçu la première fiche de la nouvelle série !

2. Une revue américaine, "Vanity Fair", publie la photo d'un document de 1919 qui constituerait la preuve de l'antisémitisme d'Eugenio Pacelli, futur Pie XII. Cornwell dit que c'est là un document inédit.
D'abord, ce texte a déjà été publié en Italie, en 1992, dans un ouvrage d'Emma Fattorini : "L'Allemagne et le Saint-Siège : la nonciature de Pacelli entre la Grande Guerre et la République de Weimar". Ensuite, cette lettre de Pacelli nonce en Allemagne dit que Levien (chef communiste de Munich) et son amie étaient juifs. C'est une simple constatation. Tout le monde savait qu'à cette époque, la direction communiste était composée de juifs athées qui luttaient contre toutes les formes de religion, y compris celle des juifs. On voit mal comment cette information-constatation constituerait une preuve de l'antisémitisme de Pie XII.

3. La thèse fondamentale de Cornwell est que le Pape Pie XII a soutenu le régime nazi.
Pie XII, comme nonce en Allemagne puis comme Secrétaire d'Etat de Pie XI et plus tard comme Pape, a toujours désigné Hitler et les nazis comme le plus grand danger pour l'Allemagne et pour le monde. Cornwell omet totalement les condamnations du nazisme que Eugenio Pacelli fit à Lourdes, à Lisieux, à Paris et à Budapest comme légat du Pape. Quand il fut élu Pape, le "Berliner Morgenpost", organe proche du Parti nazi, le considéra comme un ennemi de l'Allemagne. Au même moment, l'hebdomadaire de l'Internationale communiste "La correspondance internationale" avait écrit que les cardinaux, par ce choix, avaient fait un geste éloquent, choisissant comme chef de l'Eglise un représentant du mouvement catholique de résistance au nazisme. Les brouillons de l'Encyclique de Pie XI "Mit brennender Sorge" montrent qu'Eugenio Pacelli en fut un des rédacteurs et correcteurs.
L'ouverture récente des archives du Foreign Office permet de découvrir que c'est Pie XII qui transmit à Londres la proposition des généraux allemands qui voulaient mettre fin au régime nazi. On possède les rapports que la Gestapo écrivait contre l'Eglise catholique et contre le Pape. Cornwell ne les publie pas.

4.Cornwell affirme que Pie XII était antisémite.
Pourquoi alors les dirigeants de la communauté et de l'Etat juif l'auraient-ils remercié publiquement de tout ce qu'il avait fait pour protéger les persécutés ? Le neuvième et le dixième volumes des "Actes et Documents du Saint-Siège concernant la Deuxième Guerre Mondiale" contiennent les témoignages des juifs sauvés grâce à l'intervention du Pape Pacelli. Il suffit de les lire.

5.Enfin, Cornwell décrit Pie XII comme l'expression d'une Eglise fermée, rétrograde, autoritaire.
C'est une appréciation personnelle assez gratuite. Faits et documents nous montrent au contraire un Pape soucieux de la réforme de l'Eglise. Il est le vrai promoteur du Concile Vatican II. Il avait créé la Commission qui devait préparer les sessions du Concile. Il est, après la Bible, l'auteur le plus cité dans les documents du Concile. Ses encycliques et discours avaient abordé toutes les questions étudiées ensuite par le Concile. Il avait mis en marche la réforme liturgique et une nouvelle traduction officielle de la Bible plus conforme aux sources.

En conclusion, nous nous sentons poussés

- à remercier le Seigneur d'avoir donné à son Eglise des Pasteurs admirables tout au long de ce 20ème siècle finissant;

- à prier pour que les hommes de lettres, les historiens et les divulgateurs travaillent en cherchant l'exactitude des faits et sans préjugés de race ou de religion;

- à marcher dans les traces du Christ et de son Vicaire Pie XII accueillant toute souffrance et la soulageant;

- à méditer sur le fait de voir un grand Pape régulièrement calomnié : ne reproduit-il pas ainsi les traits de Celui dont il fut le Vicaire et qui connut la calomnie et une condamnation profondément injuste ? Et nous, chrétiens, ne sommes-nous pas aussi membres d'une communauté, l'Eglise, à laquelle les persécutions n'ont jamais manqué ?

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