Les mots d'Ignace (2)

soldatromain

Les mots d'Ignace : Se vaincre soi-même

S'exercer spirituellement, oui mais pourquoi ? Ignace nous indique lui-même la première raison : « Exercices spirituels pour se vaincre soi-même … » (Exercices spirituels 21)

Tout de suite on pourrait dire : « Au moins, je ne suis pas venu pour rien… Mais finalement non, je pense ne pas rester…, ce n’est pas pour moi, je suis pris par ailleurs ». On connaît bien le sujet, on va nous demander de changer, alors qu’on n’en a pas spécialement envie et dans le cas contraire, on sait que c’est peine perdue et on nous l’a suffisamment dit : « Décidément, tu ne changeras jamais…» En somme, c'est pas la joie...

Vivre dans la joie !?

Ce mouvement de répulsion et de défense nous vient instinctivement face à la perspective d’un combat impossible à livrer. En effet, qui aime spontanément se confronter à ses incohérences, à tout ce qui touche à des blessures mal soignées et à la peur de l’échec ? Cela peut produire un choc d’autant plus violent qu’une souffrance demeure déjà vive, bien que cachée. Alors vivons au moins dans un statu quo qui nous garde de troubler la surface de l’eau de notre vie, ce qui n’est déjà pas si mal. Triste panorama. Dans cette ambiance de mort, nous demeurons dans une voie sans issue. Et évidemment, lorsque s’ouvre une porte sur cette perspective, nous la refermons bien vite pour nous cacher et vivre dans l’illusion de n’y être plus. Ouf ! On a échappé de justesse !

Or la Parole du Seigneur nous rappelle que

« devant lui nous apaiserons notre cœur, si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout » (1 Jn 3, 19-20).

Ainsi nous ne pouvons pas nous contenter de nous cacher à l’imitation de nos premiers parents (cf. Gn 3, 8-9) si nous voulons construire une vie heureuse. Car la véritable perspective, c’est celle-ci : vivre dans la liberté des fils de Dieu – nous l’évoquions déjà la dernière fois – dans le plein vent des grands espaces de l’amour, vainqueurs . En effet, il s’agit de se vaincre soi-même en se laissant gagner par le Christ : remporter la victoire promise par Jésus à ceux qui luttent, avec la récompense de l’entrée dans son Royaume : « Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai siégé avec mon Père sur son trône » (Ap 3, 21).

C’est pourquoi saint Ignace va droit au but, au-dessus des ténèbres et de la grisaille, vers la lumière, vers Dieu qui sauve. Ignace nous conduit droit à Jésus doux et humble de cœur. Ainsi voyons-nous que nous ne sommes pas seuls au combat et que de plus, il nous révèle que nous avons un autre défenseur, l’Esprit Saint. Alors diminue le risque de la tentative de s’en sortir seul à la seule force de sa volonté, comme le pensait Pélage, face à la tentation des richesses, de la vaine gloire et de l’orgueil. Cependant la tentation demeure.

Nous pouvons revêtir l’armure de Dieu, comme nous y appelle saint Paul :

« En définitive, rendez-vous puissants dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’armure de Dieu, pour pouvoir résister aux manœuvres du diable. Tenez-vous donc debout, avec la Vérité pour ceinture, la Justice pour cuirasse et pour chaussures, le zèle à propager l’Évangile de la paix ; ayez toujours en main le bouclier de la Foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ; enfin recevez le casque du Salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu » (Ep 6,10-11.14-17).

Nous voici armés pour la bataille ! La marche vers Dieu se révèle donc sportive… ! Et Jésus qui, dans la force de l’Esprit Saint, a résisté au désert à toutes les tentations du démon, assiste celui qui prie dans la lutte. Alors marchons ! La voie est ouverte vers la victoire du combat pour une vie humaine digne de ce nom, la vie des enfants de Dieu, la vie éternelle, la vie libre. « Notre victoire sur le monde, c’est notre foi ! » (1 Jn 5, 4)

 A suivre ... >>> Les mots d'Ignace (3)